Lettre ouverte à la PACES

Lettre ouverte à la PACES

ou comment la folie mène au dépassement de soi.


Qu’est-ce que la PACES ?

La PACES c’est avoir un cours, penser devoir l’apprendre à 100%, comprendre qu’il faut en retenir 200%, pour finalement découvrir que les exams portent sur les 300% de la chose.

Et ça, dans une dizaine de matières différentes.


Chère Paces,

Bien du temps est passé depuis que je t’ai quitté.
Je pense avoir pris assez de recul sur notre aventure pour pouvoir maintenant en parler avec calme, objectivité et diplomatie.

Toi et moi, on s’est quitté en bon terme. Je fais partie des rares chanceux car généralement tu as tendance à lâcher les gens sans te retourner. Tu passes, tu laisses et tu deviens inatteignable ; un rêve qu’on a caressé du doigt avant de brutalement revenir à la réalité.

Puis il y a les autres ; ceux qui ont pu rester un peu plus longtemps avec toi. Ceux qui après un an, deux ans, se sont affranchis des liens qui les entravaient à toi.
Il y a ceux qui te pardonnent.
Ceux qui t’oublient.
Ceux qui t’ignorent.
Ceux qui t’en veulent d’avoir changé la destinée qu’ils avaient espérée.

 

Chère Paces,

Pour toi, j’ai délaissé ma vie sociale, mes romans et ma famille pour tomber entre tes mains. Je me suis enfermée dans une prison dorée et fluorescente où je devais créer l’électricité.
Je me suis retrouvée en tête à tête avec des probabilités qui me hurlaient qu’il fallait arrêter, de statistiques me criaient que c’était inutile et bien trop compliqué de continuer sur cette voie.
Nous étions plus de deux milles mais tu n’en voulais pas tant.
Alors j’ai rangé mon pessimisme pour la journée, le gardant pour la soirée ou la nuit quand je n’avais plus besoin de me faire exploiter … par toi.
J’ai pris ma volonté et lui ai ordonné de bien vouloir fonctionner pour quelques temps.

Et ça n’a pas d’abord pas marché.

Alors j’ai beaucoup pleuré et je me suis relevée pour juste recommencer. J’ai mis en sourdine les démons qui ricanaient que j’allais encore perdre une année, j’ai greffé une annexe à ma mémoire pour pouvoir tout mémoriser et j’ai travaillé.

J’ai encore beaucoup pleuré, beaucoup pessimisé et beaucoup craqué.
J’ai rêvé d’hangar vide, de moi en retard, de moi cochant n’importe quoi. J’ai cauchemardé de la RMN, de l’histologie qui me rendait dingue, des récepteurs béta et des erratas.

 

Chère Paces,

Tu m’as rendu sacrément perchée.
Tu m’as fait combler mes insomnies par des QCM de physique.
TU m’as fait invoquer les esprits au-dessus de mes grilles pour savoir si oui ou non je devais cocher la réponse f.
Tu m’as fait faire un jeu de memory avec des acides aminés.

Tu m’as fait bien trop stressé.

 

Cher étudiant en Paces,

Je sais que si tu lis ce message, c’est en diagonal ; tu n’as pas le temps pour ça.
Mais je voulais juste te dire deux ou trois petites choses ; ne soit pas aigri envers les autres, ne pense pas que la PACES est la clé du bonheur, ne croit pas que tu rateras ta vie si tu ne l’as pas.
Cher pacessien en galère, nous passons tous par-là (Ou presque, il faut avouer qu’il existe des exceptions de la nature qui vivent très bien leur PACES et ça c’est tant mieux et porteur d’espoir !) alors pleure un bon coup (c’est très important) puis ouvre ton polycop page 666 et n’oublie SURTOUT pas de lire la petite ligne en bas de la diapo 1332, tu sais celle écrite en italique et taille de police 11, tu sais, cette ligne dont tu crois que ce n’est qu’une légende banale ? Hé bien non. C’est ton ticket gagnant.

 

Chère Paces,

Je me suis libérée de tes qcm.

Au fur et à mesure que le temps passe, j’oublie les souvenirs un peu chiant de moi à la bu, moi en TD, moi en cours de santé pub, moi en train de calculer mes points dans le tram …
Et même si je m’en voudrais toute ma vie de ce pu*** de F que j’ai failli mettre pour finalement me dégonfler, je me dis que j’ai eu de la chance.

Pas parce que je l’ai eu.

Mais parce que si j’étais née dans un autre pays, ou dans une autre époque, ou dans une autre famille … je n’aurais pas cette chance. Le savoir qu’on m’a transmis était certes trop mais j’y ai eu droit.

 

L’intelligence ne se mesure ni à ton classement, ni à tes notes, ni à la fac dans laquelle tu rentres, ni même aux nombres de personne que tu as écrasé pour réussir.

 

PS : la PACES est un concours violent pour les jeunes sortant du lycée qui n’y sont pas du tout préparés. Si pour moi cela a été simplement compliqué psychologiquement, pour certains cela est allé un peu trop loin ; intimidations, menaces ou agressions physiques à la sortie de prépa privée. Sans parler des burn-out, de suicides (ou tentative) et de dépression sévère pour d’autres.

Ce n’est pas l’unique concours à engendrer de telles choses mais je parle de ce que je connais donc je ne m’aventurerai pas à généraliser.

De plus, la PACES est un concours que j’estime injuste et dont je ne comprends toujours pas la logique. Expliquez-moi pourquoi quelqu’un voulant absolument médecine et ayant travaillé pour, en passant toutes les options-médecines, peut-être accepté en pharmacie (par exemple) sans avoir révisé une seule des options-spé pharma ? Oui oui je sais, sa moyenne est meilleure d’un dixième de point que celui qui voulait absolument pharma. Mais je pose quand même la question, pourquoi ?
De plus m’expliquerez-vous pourquoi les pharmas ne font pas de physio en PACES alors que toutes les autres filières oui ? Rassurez-vous, j’étais bien contente d’avoir une matière en moins à passer, je ne suis pas maso. Mais comment vous dire ? La physio, en deuxième année de pharma est l’un des plus gros coefficients.
Bref. La PACES doit être revue et corrigée. Cela crée trop de frustrations et de mauvaises orientations. Puis, entre nous, si 65% du programme de PACES me sert aujourd’hui une bonne partie passe à la trappe et frôle l’inutilité.

 

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Un commentaire sur « Lettre ouverte à la PACES »

  1. Un sujet fort, complexe et passionnant, qui me touche car comme toi j’ai « survécu » à un concours très sélectif après le lycée (prépa BCPST) . Je me suis reconnue dans beaucoup de choses donc effectivement, tous ces concours ultra-sélectifs se ressemblent finalement. D’accord que c’est injuste et le genre d’absurdité dont tu parle pour un candidat qui obtient pharma , existe dans la filière que je connais aussi : celui qui est « fait pour le job » a 1/millième de point de moins et ne passe pas, alors que celui qui a juste eu un peu plus de chance passe mais décide ensuite de ne pas « pratiquer » car il a fait ce concours juste par hasard, parce que ses notes lui permettaient …….. Bref. Beaucoup est à revoir dans ces formations …

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